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Stephen Langton

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Bien que peu d’écrits originaux ou de commentaires de Langton sur le Bref sacré soient connus des étudiants de nos jours, Lingard n’est guère justifié de déclarer sans détour que « ses écrits ont péri ». Beaucoup de ses œuvres volumineuses survivent encore heureusement dans des manuscrits, dont le nombre indique la popularité dont ses écrits jouissaient autrefois. Certaines de ses lettres ont été imprimées par D’Achery dans son « Spicilegium »; son traité sur la traduction de Saint Thomas de Canterbury est publié par le Dr. Giles dans le deuxième volume de sa précieuse édition de la vie et des lettres du bienheureux martyr, et, bien que léger, est suffisant pour donner au lecteur une idée du style latin de Langton. Pour le reste, il convient de rappeler que, bien que ses commentaires ne soient plus lus, l’étudiant biblique d’aujourd’hui en profite encore au moins indirectement, car ici, comme dans d’autres domaines de la science sacrée, les érudits de chaque époque s’appuient sur l’œuvre laissée par ceux qui les ont précédés, et les commentaires qui étaient autrefois entre les mains de tous ont dû avoir une certaine influence sur les œuvres ultérieures par lesquelles ils ont finalement été remplacés.

L’HOMME D’ÉTAT.- Si Stephen Langton avait passé le reste de ses jours à Rome, ses grands services d’érudit nous donneraient de bonnes raisons de le considérer avec révérence, et nous aurions pu douter que le cardinal studieux était susceptible d’accomplir beaucoup dans le monde de l’action et de l’administration ecclésiastique. Passer d’une vie d’étude aux responsabilités anxieuses d’un siège primatial et à cette lutte avec les rois et les princes qui était trop souvent le lot des évêques à cette époque fut sans aucun doute une épreuve sévère. Appelé à occuper le siège de Cantorbéry alors que le souvenir du bannissement d’Anselme et du martyre de Becket était encore frais dans l’esprit des hommes, le cas de Langton était au départ pire que celui de ses deux grands prédécesseurs, car, quoi qu’ils aient dû souffrir plus tard, ils étaient au moins autorisés à commencer par un semblant de paix et de faveur royale. Nommé sur le siège au milieu d’une lutte acharnée et en opposition directe avec les souhaits du roi, Langton dut commencer son épiscopat par une longue période de bannissement. Cette querelle, en vigueur avant que le nom de Langton ne soit suggéré, a été racontée graphiquement par Lingard, dans le sillage de Roger de Wendover et d’autres anciens chroniqueurs. Un différend avait surgi quant au droit d’élire l’archevêque de Cantorbéry, qui était revendiqué à la fois par les moines du chapitre de la cathédrale et par les évêques de la province. À la mort de l’archevêque Hubert Walter en 1205, certains des jeunes moines tentèrent de voler une marche sur la partie opposée par l’élection nocturne et subreptice de Reginald, leur sous-prieur, qui fut immédiatement envoyé à Rome pour demander confirmation aux mains d’Innocent III. Il semble que leur plan initial était de garder le secret jusqu’à l’arrivée du candidat à Rome. Certes, il y avait peu de chances que le roi l’aurait laissé partir libre si l’objet du voyage avait été connu. Sa vanité, cependant, incita Reginald, lorsqu’il était à l’abri des dominions de Jean, à mettre de côté tout déguisement et à adopter le style d’archevêque élu. Le roi en colère ne perdit pas de temps à convaincre les moines de Canterbury d’organiser une autre élection et de placer sur le trône archiépiscopal son favori et premier ministre, John de Gray, évêque de Norwich.

Une nouvelle délégation est alors envoyée à Rome pour demander la confirmation de cette deuxième élection, et le pape doit trancher entre les revendications des candidats rivaux. Pour des motifs différents mais tout aussi satisfaisants, il a rejeté les deux élections. La première était nulle en raison de son caractère irrégulier et subreptice, tandis que, même en dehors de la pression qui privait la deuxième élection de la liberté nécessaire, elle était irrégulière parce que la première n’avait pas encore été annulée de manière régulière et canonique. Sur la question en litige entre les moines et les évêques, il a tranché en faveur des premiers, car les preuves montraient que le droit d’élection leur appartenait depuis l’époque saxonne. Et, comme le champ était maintenant libre pour une nouvelle élection, il ordonna aux moines alors à Rome de choisir un nouvel archevêque, et recommanda Langton comme digne de cette charge. Ce choix a été dûment fait et confirmé par le pape, qui l’a fait savoir au roi dans une lettre louant chaleureusement les mérites du nouvel archevêque, tandis que dans une bulle au prieur et aux moines de Cantorbéry, il l’a appelé « Notre fils bien-aimé, maître Étienne de Langton, un homme vraiment doté de vie, de renommée, de connaissances et de doctrine ». Mais ni les paroles d’Innocent ni les mérites de Langton ne pouvaient satisfaire le roi en colère, qui se vengeait de l’Église de Canterbury et jurait que Langton ne mettrait jamais les pieds dans ses dominions. Ainsi commença la lutte mémorable entre le pire des rois anglais et le plus grand des pontifes médiévaux. Trouvant Jean sourd à la raison et aux remontrances, Innocent prit des mesures plus fortes et plaça le royaume sous un interdit. Il semblait que même cette mesure forte ne servirait à rien, car Jean resta obstiné pendant huit ans.

Enfin, quand Innocent proclame son excommunication, et que son puissant rival Philippe de France s’apprête à exécuter la sentence de déposition, Jean, alarmé par la désaffection croissante de ses propres sujets et reconnaissant qu’une résistance supplémentaire était inavouable, consent à ouvrir des négociations avec l’archevêque. Langton, qui avait fait de son mieux pour guider et gouverner son troupeau depuis son lieu de bannissement, put ainsi débarquer une fois de plus en Angleterre. En 1209, le roi avait invité Langton à le rencontrer en Angleterre et lui avait envoyé un sauf-conduit à cette fin. Mais, comme cela n’était pas adressé à l’archevêque de Cantorbéry mais à « Stephen Langton, cardinal du siège romain », l’archevêque refusa fermement de l’accepter. Une autre invitation en 1210 se révéla tout aussi inefficace, mais, lorsque Jean céda longuement à son heure de danger et publia des lettres en bonne et due forme, Langton ne perdit pas de temps à revenir. Il débarqua à Douvres en juillet 1213 et y fut accueilli par le roi, qui tomba à ses pieds avec des mots de bienvenue et de soumission. Jean avait déjà, le 15 mai 1213, donné son royaume à Pandulph, légat du pape, et l’avait reçu en fief du Saint-Siège. Il aurait pu sembler que la longue lutte était maintenant terminée et que l’archevêque, après ses huit années de bannissement, pouvait enfin entrer dans une période paisible de travail pastoral. Mais il est peu probable que Langton lui-même ait chéri cette illusion. La reddition apparente du roi au pape avait en effet changé la donne et avait eu pour objet de contrarier les desseins du roi de France, car, en tant que vassal du Saint-Siège, Jean pouvait désormais faire appel au pape pour obtenir sa protection. Mais il restait encore à voir si Jean tiendrait ses promesses et si, en gouvernant avec justice, il concilierait ses sujets mécontents. La voie qu’il avait suivie depuis sa soumission à Pandulph a donné lieu à de graves doutes, et les événements ont rapidement montré qu’il n’y avait pas encore de place pour la paix.

Mais le conflit entre Jean et Innocent devait maintenant être remplacé par la lutte capitale entre le roi et ses barons. Et, bien que la nomination de Langton comme primat ait été le principal enjeu de l’ancien conflit, sa participation au conflit constitutionnel, bien qu’elle ne soit pas moins visible, était plus active et plus dominante, car, selon les mots de Pattison, il était  » l’âme du mouvement « . Cela ressort de sa forte action lors de la réunion tenue à St. Paul à Londres le 25 août 1213.  » Son objet ostensible « , dit Lingard, « était de constater les dommages subis par les hors-la-loi lors de la querelle tardive. Mais Langton mit les barons de côté, leur lut la charte d’Henri et commenta ses dispositions. Ils répondirent par de fortes acclamations, et l’archevêque, profitant de leur enthousiasme, leur fit un serment par lequel ils se liaient les uns aux autres pour conquérir ou mourir dans la défense de leurs libertés. » Lorsque le roi allait se venger des barons pour leur désobéissance, Langton insistait fermement sur leur droit à un procès légal, et ajoutait que, si Jean leur refusait cette justice, il jugerait de son devoir d’excommunier tous, sauf le roi lui-même, qui participait à cette guerre impie. Telle était la ligne d’action vigoureuse de l’archevêque au début de la lutte qui fut menée à bien deux ans plus tard par la signature de la Grande Charte à Runnymede. Et, s’il était l’âme du mouvement qui a conduit à ces résultats, il peut à juste titre être considéré comme le véritable auteur de la Magna Charta.

Il est important de noter que dans ce conflit constitutionnel, Langton travaillait pour les libertés de l’Angleterre et cherchait à mettre fin à la tyrannie royale, qui était le principal danger pour l’Église catholique dans ce pays, et qui allait être plus tard l’un des principaux facteurs de la séparation entre l’Angleterre et le Saint-Siège. Dans cette guerre, il était un évêque qui se battait pour l’Église, ainsi qu’un Anglais qui se battait pour la liberté de son pays. Il ne faut cependant pas oublier que de nombreuses questions ont été impliquées dans la lutte. Il y avait des dangers d’excès de part et d’autre. Les nobles comme les rois ont été coupables d’oppression et d’injustice, et le peuple souffre souvent plus de nombreux tyrans que d’un seul. En gardant cela à l’esprit, nous pouvons comprendre comment certains ont pu considérer la lutte d’un point de vue différent. Le pape, naturellement plus en sympathie avec l’autorité qu’avec ceux qui se rebellent apparemment contre elle, lié de plus par le devoir et l’intérêt de prendre soin des droits de son vassal, et assailli de rapports du côté du roi et de fausses déclarations de l’archevêque, pourrait clairement prendre une direction différente de Langton. Ainsi, nous le trouvons en remontrance avec le primat et les barons, déclarant la confédération nulle, annulant la Grande Charte, et demandant à l’archevêque d’excommunier les perturbateurs du royaume. Lorsque Langton, bien que consentant à une question générale de la peine, refusa de répéter l’excommunication — en partie au motif qu’elle avait été prononcée sous une mauvaise interprétation et en partie parce qu’il souhaitait d’abord voir le pape lui—même -, il fut réprimandé et suspendu de ses fonctions. Cette phrase lui vint alors qu’il se rendait à Rome pour assister au Quatrième Concile du Latran, et elle fut confirmée par le pape lui-même le 4 novembre 1215. Au printemps suivant, Langton fut absous, mais dut rester à Rome jusqu’à ce que la paix soit rétablie. Cela lui donna un bref repos après toutes ses luttes, et en 1218, quand Innocent et Jean étaient morts et que tous les partis d’Angleterre étaient unis sous Henri III, il retourna sur son siège.

L’ARCHEVÊQUE.- Après son retour de Rome en 1218, Langton consacra les dix dernières années de son épiscopat à un travail pastoral pacifique et fructueux. On pourrait penser qu’il y avait peu de possibilités ici pour de grandes réalisations comparables à son travail antérieur d’érudit et d’homme d’État, et qu’il y aurait peu de choses pour distinguer sa vie en ce temps de paix de celle des autres prélats catholiques. Celui qui avait déjà tant travaillé et tant souffert aurait bien pu être pardonné d’avoir laissé à des successeurs plus jeunes et plus fortunés de grands travaux de réforme. Pourtant, il a laissé sa marque dans l’histoire du siège de Cantorbéry par son code de quarante-deux canons publié dans un synode provincial. Pour citer les mots emphatiques d’un biographe récent. « Le dimanche 17 avril 1222, Étienne ouvrit un concile d’église à Osney qui est à l’histoire ecclésiastique de l’Angleterre ce que l’assemblée de Runnymede est à son histoire laïque  » (Norgate, loc. cit. infra).

W. H. KENT

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